Prenons pour exemple le mouvement des planètes autour du soleil - ( voir les images dans le dossier relatives au Site Paillart). Quelque soit la planète, sa trajectoire est une ellipse dont le soleil est un foyer et la planète décrit son ellipse propre en respectant la loi des aires (Kepler). Ces propriétés ou relations que chaque planète entretient avec le soleil s'étendent à tout l'univers dans sa collection d'étoiles et leur cortège planétaire. C'est en observant chaque planète dans sa révolution autour du soleil que nous vérifions ces relations. Relations bien définies et immuables.
Il nous est possible de rendre visuellement perceptibles celles-ci par des installations où nous disposons des objets sur une ellipse. Avec différentes ellipses nous mettrons en scène ces relations. Nous n'attendons pas du spectateur, au vu de ces installations, qu'il redécouvre les lois de Kepler; nous espérons qu'il perçoive qu'entre ces objets il y a un air de famille, une signature. Selon l'installation, la situation, le contexte qui ont conduit à produire cette installation une poésie propre se dégage, souvent elle occulte la relation qui est mise en scène. Cela n'est qu'une analogie avec ce que nous vivons lorsque nous regardons un ciel étoilé ou bien que nous nous donnons rendez-vous pour une éclipse annoncée du soleil. C'est la relation qui nous annonce que le 11 août 1999 une éclipse de soleil aura lieu. Nous ignorons la relation, nous faisons confiance aux prédicteurs, nous nous rassemblons et à l'heure prévue la magie ou la poésie de l'événement nous relie. Qu'elle attention portons nous à la science ou à l'homme de science qui a révélé cette relation ? Qu'importe, sauf que si celui-ci n'avait pas uvré en amont, s'il n'avait pas extrait du néant cette relation : l'éclipse n'aurait pas été prévue. Elle se serait produite, à notre surprise et stupéfaction. Un Dieu mystérieux ou un cataclysme eussent sans doute été évoqués.
Si j'étudie les géodésiques - courbes qui définissent le plus court chemin entre deux points sur une surface et qui généralisent la notion de droite sur un plan - je fais des mathématiques - (voir les images dans le dossier relatives aux Surfaces seinpathiques). Ce n'est pas sans arrières pensées philosophiques et poétiques que j'aborde ce travail. Mathématiquement les équations à intégrer deviennent rapidement très compliquées et les solutions ne s'expriment pas en fonctions simples. Aucune image visuelle n'apparaît. Déjà incapable de produire une solution pour un ellipsoïde quelconque, je songe à réaliser cet ellipsoïde et à tracer avec du scotch des géodésiques sur celui-ci, pour voir. Au passage j'ai démontré qu'avec du scotch nous avons un moyen simple de produire rigoureusement ces courbes. L'outil concret vient au service du mathématicien-plasticien et court-circuite des pages et des pages de calculs. Ayant réalisé cet ellipsoïde je m'aperçois que le mystère demeure pour cause d'imprécisions les mathématiques sont des sciences exactes et ne supportent pas la moindre imprécision; l'objet concret peut donner une allure et éclairer l'intuition, mais en l'occurrence le problème et l'interrogation demeurent. Cependant en réalisant cet ellipsoïde-objet c'est la sensibilité du plasticien qui est éveillée et rebondit sur des propositions purement plastiques divergeant de l'objet d'étude qui a conduit à cette réalisation. Des portes s'ouvrent qui ne seraient jamais apparues si elles n'étaient venues comme conséquences des préoccupations mathématiques purement abstraites. Ces propositions seront mises en attente. Revenant à mes géodésiques et à mes surfaces que j'appelle "seinpathiques" je trace avec mon scotch des géodésiques sur le corps. De ces courbes que je photographie sous différents angles et de différents points de vue, j'efface le corps qui leur a servi de support et ne garde que les courbes. Je suis ému d'y reconnaître des signes calligraphiques ce à quoi je ne m'attendais pas. Actuellement je vais donc, parce que l'émotion que j'ai reconnu là est très forte, produire des géodésiques sur différents corps et objets dans l'intention de produire des pages d'écritures. Ainsi de préoccupations géométriques sur des surfaces courbes, j'aboutis en ce moment à de l'écriture privée de sens et à la page plane.
Les mathématiques ne demandent qu'à vivre, elles souffrent de la froideur et de l'abstraction dans lesquelles on les a enfermées. Il faut sans doute bien les connaître pour leur donner vies, elles garderont toujours une trace suffisamment perceptible de leur nature dans les objets où elles viendront se glisser; peut-être à la manière de l'âme qui se glisse dans un corps et définit sa singularité
. Mais je ne m'aventurerai pas trop sur ce terrain là, car bien que j'établisse un parallèle entre les mythes et les maths, je demeure au niveau de la poésie préférant être mathomane plutôt que mythomane.