«la poésie est un métier de pointe»


« Il n'est pas nécessaire de penser très fort pour se rendre compte qu'il reste encore pas mal d'espace vide malgré notre ardeur à l'ouvrage» (Ivan Charabara)



Réflexion

La peur du vide est une des caractéristiques de l'époque.
Nous sommes branchés, à nos portables, à nos ordinateurs, à nos radios, à nos écrans, à nos journaux... Notre regard est sans cesse sollicité, nos oreilles aussi, nos sens en général.
Nous vivons au centre d'une sorte de toile dont on ne sait quel instinct nous conduit à désirer des mailles de plus en plus fines. Mailles dont les fils sont la multitude des flux qui nous traversent, des réseaux qui nous occupent le corps et surtout l'esprit.
Nous vivons dans la terreur du calme plat que nous assimilons à la mort.
Remplir est le leitmotiv général , remplir son ventre, son frigo, son temps, sa maison, son atelier, son agenda, son compte en banque? Faire plein est le modus vivendi qui semble pouvoir rendre la vie acceptable dans un système de profit généralisé où tout est à acheter donc à vendre.
Curieusement , dans ce système « moins on est poète , plus a de chance de réussir » comme l'écrit Pierre Thuillier.
La poésie serait-elle une attention particulière au vide, à l'écartement des mailles ?
La poésie serait-elle un contre-feux dans une société obsédée par le profit ?
Pourquoi la poésie se vend-elle si mal et quasiment pas du tout ? Qu'est-ce qui empêche l'homo commercialicus d'en faire un produit comme un autre ?
Pourtant s'accommodant si bien des interstices, des portes ouvertes, des espaces vierges, des hauteurs, des profondeurs, des largeurs infinies, elle a toujours été la seule façon de faire accepter à l'homme d'oser un pas dans le vide.
En ce sens comme l'écrit René Char « la poésie est un métier de pointe ».
Dans un monde où la poésie relève elle aussi de l'exclusion, nous aimerions simplement tenter de le rappeler en proposant quelques expériences.



Présentation

Le projet « la poésie est un métier de pointe » consiste à entreprendre une série d'expériences (non exhaustives) la poésie là où ne l'attend pas et justement pour désigner des espaces vides :

* première expérience :

Les échanges numériques sont des espaces d'écriture uniface. Il n'y a pas de verso.
Or nous avons constaté que dans la plupart des courriers administratifs, des dossiers et des documents papiers qui continuent à circuler on n'utilise de moins en moins le verso qui reste vierge.
L'idée serait donc d'utiliser ces espaces vierges pour la poésie, en faisant fabriquer et fournissant à ceux qui le désirent des ramettes de papier avec de la poésie pré-imprimée au verso (voir exemple en annexe), chaque étant différente , l'ensemble de 500 pages constituant un recueil complet autour d'un auteur ou d'un thème.
Pourrait également être fournis un CD Rom permettant à ceux qui le désirent de fabriquer eux-mêmes leur ramette.
Des stages poésie seront proposés pour enrichir la démarche localement mais aussi en ligne.

* deuxième expérience :

L'idée consiste à faire entendre la poésie en toute occasion.
Une sensibilisation sera faite auprès de tous ceux qui l'occasion de prendre la parole en public (politiques, animateurs, enseignants...) auxquels sera proposée une charte sur un temps donné selon laquelle ils s'engageront à commencer toute intervention , ou à intégrer au cours de leur intervention un petit moment consacré à la poésie.

* troisième expérience :

Mise en place d'une Agence pour l'emploi de poètes (en ligne) de manière à recueillir des demandes et à faire des offres auprès entreprises, des institutions etc... sur le modèle de ce qui se fait pour les autres professions et en particulier dans les secteurs dits de pointe ( marketing, informatique, sciences...).
L'appel auprès des poètes permettrait de constituer un fichier consultable en ligne sur les poètes vivants.


Objectifs

-créer un événement de manière à questionner la Cité sur son rapport à la poésie
-affirmer que la poésie est un métier de pointe , une richesse nécessaires au développement d'un territoire
-replacer la poésie en des endroits inattendus en particulier dans des espaces qui pour reprendre la formule de Gilles Clément relèveraient du « Tiers paysage » c'est à dire des lieux inutilisés qui tiennent du hasard ou de l'oubli ou bien encore du résultat de pratiques habituelles qui s'en désintéressent.