Deuxième récit
Dans l'antiquité ,
Une grande part des humains
N'avaient d'intérêt
Que par leur capacité
A se reproduire
D'où prolétaire
Qui vient de prolifique
C'est à dire à créer
De la force de travail
Esclavage
Aujourd'hui
Une grande part des humains
N'a d'intérêt
Que dans sa capacité
A consommer
C'est à dire à acheter
Des biens de toutes sortes
Y compris de la culture
Le plus possible
Alors que les offres culturelles
Devraient s'accompagner
D'une invitation
A l'émancipation
Celles -ci ne mènent
Qu'à des comportements moutonniers
Où le divertissement
Est présenté comme l'objectif principal.
La proposition du directeur
De la Maison de la Culture de Nevers
Par rapport aux 30 francs sociaux
Est un aveu significatif.
Il s'agit seulement de permettre
L'accès exceptionnel
D'une petite quantité de pauvres
Grâce à la prétendue générosité
Des couches sociales
Les plus aisées de la cité
Qui se fendent de 30,00 francs,
Et qui sont considérées
Par ce geste
Comme celles qui possèdent
Le coeur en plus de la raison,
Celles qui brillent
Celles qui,
Installées confortablement
Dans les chaloupes
Tendent la main aux autres
Les pauvres
Mais sans jamais
Au grand jamais
Leur proposer
De prendre place à bord
Il ne s'agit pas de partager
Pour ces couches de privilégiés
La Culture
Avec un grand C
Est un passage obligé
Pour accèder aux valeurs
Qui fondent ce système
Qui les sert si bien
Ces valeurs reposent sur l'ordre
Car le système est ordonné .
Bien entendu cette démarche culturelle
N'est nullement destinée
A permettre la prise de parole
De ceux qui ne l'ont pas ou plus
Mais au contraire à les faire taire
Il y a confusion
Entre l'art du spectacle
Et l'art tout court
Qui porte en lui l'idée de
Désordre
D'impertinence,
De contestation permanente,
D'invention
Non seulement formelle
Mais dans la profondeur,
Jusqu'aux endroits
Où l'art lui-même
Se remet en cause.
L'art c'est le vent
Comme le dit Dubuffet
Il est curieux également
De constater
Combien les acteurs culturels
Comme les politiques
Sont sensibles à l'audience
Donc à la recette
Au tiroir caisse
Car le modèle commercial
A depuis longtemps phagocyté
Le champ culturel
En utilisant
Les méthodes d'achalandage
Carte d'abonnement
Offres promotionnelles
Langage
Attirer le client devient un leitmotiv
Le fidéliser une obsession.
Si la qualité des offres culturelles
Se mesuraient
A la quantité de nouvelles prises de paroles
Ou bien aux nombre de relations créées
Bon nombre de spectacles
Fort prisés du public,
Et de ceux qui les produisent
Où les diffusent
Apparaîtraient bien pauvres.
Les salles de spectacles
Comme la maison de la culture de Nevers
Ne sont pas des lieux de rencontre
Mais des lieux de juxtaposition.
Le numérotage des places
Est à ce sujet significatif.
Ce sont des lieux d'ordre
Où tout est cadré
Et où toute confusion est exclue
Le système, en fait ,
Fonctionne sur la séparation
Malgré la volonté annoncée
De rassembler.
Il s'agit ,
Non d'échanger ,
Mais de convaincre
Et de se convaincre du bien-fondé
Des valeurs devenues postulats
Sur lesquelles repose le système.
Bien entendu ,
Ces interrogations
Sont très minoritaires.
Alors pourquoi s'interroger
Quand il y a du plaisir
Même cloisonné
Et que tout roule
De haut en bas
Que tout coule doucettement
Sans heurts
Sans vagues
Que chacun est à sa place
.En ordre
Prêt à satisfaire
La petite fente
De l'urne
A laquelle on a réduit
La Démocratie