Nos corps sont des sémaphores,

Tu n’as pas le temps ?

Des humains

Comme il y a du monde,

L’avenir,

Nul besoin d'être triste

Si tu connais 100 poèmes,

L'important

Jean Bojko

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Jean Bojko nous a quittés le 20 février.
Voici de sa part quelques mots empruntés à Jacques Derrida :

« Souriez-moi, comme je vous aurai souri jusqu’à la fin.
Préférez toujours la vie et affirmez sans cesse la survie…
Je vous aime et vous souris d’où que je sois. »

De sa part aussi, quelques poèmes à savourer
pour ne pas oublier de faire de chaque instant une étincelle

Le printemps ça n’existe pas.
Le printemps ça se manifeste..!

Comme toi comme moi…
Nous nous manifestons…

Nous nous manifestons
En un bouquet de désirs

Qui chassent les vents d’hiver…
Au-delà des steppes boueuses
Où naissent les douleurs
Où errent les âmes seules
Rivées à leurs pâles i-phones
Alors qu’à deux pas sonnent
Au bout des branches
Les mailloches d’un franc soleil
Sur des tambours allègres
De tous les chants d’oiseaux
Balbuzard cendré étourneaux
Grèbes zélés pinsons vermeil
Gallutes et grandes lyres
Castines à long bec moineaux
Paillenqueue et fréquettes
Mouettes rieuses et mésanges
A robe colbalt et charbonnière
Buses sérieuses et balendrines
Oysterpickers et oiseaux-mouches…
Qui tous unis ensemble se manifestent
Toi et moi à eux et ailes mêlés
Dans un printemps lumineux féérique festif qui retricote la Vie

Nous avons tressé les herbes sèches
Ecrit des je t’aime
Sur le flanc des collines
Nous nous sommes nourris de baisers mûrs
Que nous cueillions au ciel
Nous avons dansé et ri dans des champs d’étoiles
Nous avons bu lentement au verre du clair bonheur
Et nos mains s’enlaçaient comme une vigne vierge
Où viennent picorer
Tous les espoirs tous les oiseaux du monde…

(petit poème pour dégriser les mines d’hiver)

2018 ? Est-ce une fin ou le début de quelque chose ?
Non une jolie borne rouge et blanche dans son herbe verte…
Comme un gros champignon sorti tout droit de Blanche Neige.
Mesure du temps qui passe…
Hé ho ! Hé Oh ! Vivre c’est du boulot
Boulotter et se mettre au chaud.
La route est longue et courte à la fois.
C’est selon le plaisir que l’on tire de tout ça.
La chance qu’on a.
Qu’on aime cheminer ou pas.
Je vous embrasse tous.
Faites goulayer les vins
Arrosez-les de sourires…
Fi des passions tristes.
La route est belle même s’il vente et parfois grêle.

Chaque jour qui pointe est une aubaine
Et sert d’appui au jour suivant.
Allons ! souhaitons-nous bonne journée
Qu’elle soit plaisante ou bien ratée…
Un petit miracle est si vite arrivé…
Rappelez-vous en d’autres temps…
L’Amour et le bon linge
Séchant aux vents des bonheurs simples
Faisant la cour aux fleurs des champs…
Je vous embrasse ô mes jolis
De tout mon cœur Je vous embrasse
Ceux qui s’aiment ressemblent aux vents
Si nécessaires aux doux printemps…

S’est assise la nuit
Au bord de ton lit
S’est penchée
Et t’a soufflé
« Encore une journée qui ne reviendra jamais ! »

Le matin l’a chassée
Dans ses bras t’a serré
A l’oreille t’a glissé
« Encore une journée neuve
Où tout peut arriver »

A l'occasion du départ de Jean,
nous avons reçu des textes mitonnés
à l'âme des souvenirs émerveillés

Jean de la Nièvre

Tous les hameaux
Les oiseaux les carrefours
Un klaxon
Une voix douce guide une marmaille d’idées
Comme un lent troupeau bleu
Dans le pas du matin
Tu parles à tout le monde
Tu regardes le même monde
Et le monde est aussi beau ici
Qu’ailleurs
Il est même bien plus beau
Puisque tu l’habites comme le vent le corbeau
Le renard la fable le fromage et l’enfant rieur
Tout ici est plus beau que là où tu n’as pas mis tes pieds
Dans les pieds du voisin
Et tes yeux clairs dans votre ciel commun
A t’entendre faire, chacun de ce pays va finir par
questionner la monotonie
De la plaine ou bien l’élu du coin
Avec cette fausse naïveté que tu partages avec les arbres
Et qui se propage comme une brise innocente
Vois comme ils te sourient les natifs et les autres
Autour d’un verre de blanc
Par-dessus un poème
A la fin de la visite la bonne petite pluie resserre les coudes autour de la table
Une grange bondée quelques chaises pour les vieux
Les cheveux blancs mis en plis dans la vague de bonheur
Tous rigolent encore de ce bon tour de cochon
Qu’ils viennent de jouer à l’ordre idiot du monde
Toi, sur ton coin de banc pour un petit repos
Tu regardes les miettes de brioche tomber comme des pétales sur les corps
Rendus à leur pleine présence.

Michel Gillot

Un être exceptionnel, Jean Bojko

J’ai été, je suis toujours
et pour longtemps
émerveillée
par tes mille et un prodiges.
À la manière de quelqu’un qui apprend à un autre à danser
en se plaçant derrière lui,
en le guidant à peine du bout du coude,
tes facéties créatives nous ont ouverts  à notre être,
et nous sommes ainsi parvenus à danser la vie.
Danser la vie.
L’esprit et le corps,
nos idées, nos rêves, nos imaginations, notre énergie,
nos compétences cachées
se révélaient à nous face aux autres
et se mettaient en mouvement
à ton contact, comme par magie.
Inventeur de talents,
comme on dit de ceux qui font jaillir
du fond de nos gouffres sous-marins
des trésors,
soudain, nous nous découvrions
receleurs de pépites insoupçonnées.
Et toi, le premier étonné,
tu concoctais déjà, en riant d’avance,
de nouvelles opérations insolites,
qui t’entraîneraient dans de nouvelles récoltes
des trésors en attente
chez d’autres personnes, inconnues, de toute condition.

Je suis veuve depuis peu et maintenant orpheline.
Je vais sourire sous les larmes
et l’encore danser, la vie.

Danièle Lemahieu

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